L’une des pistes de l’économie du IIIème Millénaire, c’est le bio-mimétisme. Parce que la Nature ne produit que ce dont elle a besoin et parce que la Nature s’adapte. L’idée est donc de s’inspirer de ce qui existe dans la Nature pour produire ou inventer des solutions qui seront plus efficaces, plus rentables et, cerise sur le gâteau, plus écologiques. Se posent alors quelques questions : de quoi peut-on s’inspirer ? Et surtout, comment passer d’un exemple naturel à un modèle industriel ? Comment BMW est-elle passé d’un poisson-coffre à un prototype de véhicule ? Comment les japonais ont-ils utilisé le martin-pêcheur pour dessiner leur nouveau train à grande vitesse sans onde de choc ? Ou encore comment et pourquoi le bout des ailes des A380 a-t-il été replié (ajout de winglets) pour limiter les turbulences ?

Interview de Christine Julien, fondatrice du cabinet Stratego, qui aide les entreprises à repenser leurs produits ou leurs services et qui interviendra sur Planete Biodiv au cours d’une des mini-conférences.

Planete Biodiv – Christine Julien, est-ce que vous pouvez nous rappeler ce qu’est le biomimétisme concrètement ?

Christine Julien, Stratego – Le biomimétisme est la science qui étudie la nature pour en déduire un mode de fonctionnement durable et résoudre des problèmes des humains. Il peut s’agir d’un bio-mimétisme de formes : on s’inspire des formes qui existent à l’état naturel pour repenser ou créer de nouveaux produits. Ce peut être aussi un mimétisme de procédés : on parle de production douce ou de chimie verte. Enfin, on trouve aussi du biomimétisme au niveau des organisations, notamment avec les économies de fonctionnalité ou circulaire. Là où les déchets des uns deviennent les ressources des autres.

P.B – Comment est-ce qu’on passe alors de ces formes, procédés ou organisation naturels à une application pratique ?

CJ – J’organise des séances de créativité où je réunis les personnes impliquées dans les processus de fabrication ou d’innovation  ou de réflexion autour d’une question urgente à régler et j’apporte des outils pour provoquer des réactions et surtout des émotions. Jusqu’à arriver à une idée.

P.B.  – Quels sont ces outils ?

CJ – Je commence la séance par une mini conférence sur le biomimétisme, qui présente différents exemples de formes, de façons de faire ou d’organisations qui s’inspirent toutes de la nature. Puis , j’oriente la séance de créativité vers la question que se posent les participants  en allant chercher dans la nature ce qui existe. Pour cela, j’ai une base de données qui recense et décrit scientifiquement de nombreux  exemples d’espèces animales ou végétales , étudiés à tous les niveaux, que j’utilise comme ressource. En amont de la réunion, je prépare les exemples potentiels qu’on trouve dans la nature et qui sont en lien avec la question que se posent les participants. Pendant la réunion, les participants étudient ces différents exemples puis sélectionnent ceux qui, collectivement, les inspirent le plus. Je fais la synthèse des idées qui en ressortent. Après, je contacte les chercheurs, souvent des chimistes ou des bio-chimistes qui ont étudié ces espèces et je fais travailler toutes les équipes ensemble, ce qui n’est pas toujours simple, d’ailleurs !

 P.B. – Au bout de combien de temps les idées qui émergent de cette séance de créativité se transforment-elles en produits ou en solutions ?

CJ – Quand il s’agit de produits, on part sur des cycles de deux à trois ans de recherche. Quand on réfléchit sur l’organisation, c’est beaucoup plus rapide.

P.B. – Vos outils peuvent-ils être utilisés par tout le monde ?

CJ – Nous avons créé pour l’IRCE (institut d’aide à la reprise et la création d’entreprises) un module de formation collective d’une journée, qui permet aux chefs d’entreprise et aux porteurs de projet, de repenser leurs gammes de produits et de services ou leur organisation, pour qu’ils soient à la fois  écologiques  et rentables.  Dans un premier temps, les participants font un diagnostic de l’existant à partir du Biomimé-quizz®,  un questionnaire que nous avons élaboré en interne en nous basant sur les principes de la nature. Ce qui leur permet ensuite, collectivement, de trouver des idées et repenser leurs produits, leurs modes de commercialisation ou leur organisation. Ils « s’inspirent de la nature » pour intégrer la durabilité dans leurs entreprises.

Nous avons récemment accompagné une TPE du secteur agricole qui voulait diversifier son offre aux viticulteurs en leur proposant de louer des sécateurs électriques, matériel cher à l’achat et à l’entretien pour le viticulteur. C’est la TPE qui fait la maintenance et l’entretien des sécateurs loués. On appelle ce nouveau mode de commercialisation l’économie de fonctionnalité. Le client n’achète plus le produit car il s’en sert très peu : il paie son utilisation pendant un temps donné.  BlaBlaCar  ou AirBnB font la même chose dans d’autres secteurs d’activité.

En savoir plus sur Stratego : www.viastratego.info

Retrouvez Christine Julien parmi les intervenants de Planète Biodiv le 3 novembre 2019, au travers d’une mini-conférence sur le bio-mimétisme !

Les principes de la Nature

La nature recycle tout :
les déchets des uns sont les ressources des autres. Concept d’économie circlalire et Ecologie industrielle

La nature n’utilise que l’énergie dont elle a besoin :
Lean management, gestion au plus près des ressources, limitation du stockage

Elle optimise au lieu de maximiser :
Economie de fonctionnalité (achat pour un temps donné) ou de services

Elle récompense la coopération

Elle parie sur la diversité

Elle transforme les limites et les contraintes en opportunités

Elle utilise les ressources locales

Elle « ne souille pas son nid »